(Répétition pour ajouter un mot oublié au deuxième paragraphe)
par Nathan Layne et David Morgan
Deux tiers des candidats républicains engagés dans un scrutin de mi-mandat serré ont pris leurs distances avec le président Donald Trump ou minimisé leurs liens avec lui, selon une analyse de Reuters.
Cette analyse, réalisée à partir des votes, des déclarations publiques et des supports de campagne, conclut que les candidats républicainsde 41 des 62 circonscriptions où la course au Congrès est indécise se démarquent du président alors que son impopularité menace l'emprise de leur parti sur la Chambre des représentants et le Sénat à l'approche des "midterms" du 3 novembre.
Globalement, les candidats concernés ont critiqué Donald Trump ou se sont éloignés de ses positions sur des questions précises au lieu de rejeter son programme dans son ensemble, ce qui suggère une volonté de cibler les électeurs indépendants tout en évitant une rupture frontale avec le chef de leur parti.
Des divergences de nature politique, qui constituent la forme la plus fréquente de prise de distance, ont été recensées dans 23 des 62 circonscriptions.
Dans 12 de ces circonscriptions, elles ont porté sur le conflit avec l'Iran : des républicains en position délicate ont soit voté pour limiter les pouvoirs de guerre de Donald Trump, soit appelé publiquement à la fin des combats, qui ont fait grimper les prix de l'essence et pesé sur le budget des ménages.
Les centres de données font également partie des sujets de discorde. Reuters a ainsi identifié trois candidats engagés dans des courses serrées qui ont critiqué des projets de "data centers" ou tenté d'en ralentir le développement malgré le soutien affiché du président à leur expansion.
Ces évolutions sont notables, Donald Trump ayant remodelé le Parti républicain à son image au cours de la dernière décennie et s'étant montré prompt à sanctionner les élus ou candidats qui le défiaient, notamment par le biais de primaires, d'attaques personnelles ou de pressions publiques.
PEU DE CRITIQUES DIRECTES
Un porte-parole de la Maison blanche, Davis Ingle, interrogé sur cette analyse, a mis en avant les réalisations de l'administration et déclaré que Donald Trump demeurait "le dirigeant incontesté, le meilleur messager et le moteur sans égal" du parti.
Un nouveau sondage Reuters/Ipsos souligne cependant l'ampleur du défi auquel sont confrontés les républicains : la cote de popularité de Donald Trump reste bloquée à un plus bas historique de 32%, tandis que les électeurs inscrits préfèrent les démocrates aux républicains (44% contre 37%) à l'approche du scrutin. Parmi les indépendants, l'avance des démocrates s'établit à 37% contre 21%.
L'analyse de Reuters conclut également à une volonté largement répandue de minimiser les liens avec le locataire de la Maison blanche : une douzaine de candidats ont retiré son nom, son image ou ses soutiens de leurs sites de campagne, la plupart après avoir obtenu l'investiture républicaine.
D'autres ont adopté des approches plus discrètes, en évitant les meetings de Donald Trump ou en refusant de dire s'ils souhaitaient que celui-ci fasse campagne en leur faveur.
Les critiques directes demeurent relativement rares, ce qui témoigne de l'emprise de Donald Trump sur le parti et des risques encourus par les candidats qui contestent ouvertement un président bénéficiant encore du soutien fidèle d'une partie importante de sa base.
Il n'est en outre pas inhabituel que des candidats prennent leurs distances avec un président impopulaire avant une élection. Les démocrates ont ainsi adopté des comportements similaires lors des scrutins de 2014 et 2022.
"MARQUER UNE RUPTURE"
Des analystes estiment toutefois que Donald Trump a rarement été confronté à une telle opposition généralisée de la part de candidats républicains en situation de vulnérabilité.
"[Les candidats] reflètent les attitudes des électeurs dans ces scrutins", selon le stratège républicain Ron Bonjean. "Si les électeurs ne soutiennent pas Trump, alors ils doivent marquer une rupture."
En privé, des conseillers de campagne estiment que les prises de distance avec le président illustrent une volonté de s'attirer les faveurs des électeurs indépendants.
Le sénateur républicain Pete Ricketts, confronté dans le Nebraska à une rude concurrence de la part de l'indépendant Dan Osborn, est l'un des 11 candidats recensés par Reuters qui se sont démarqués de Donald Trump sur une seule question tout en le soutenant globalement.
Lors d'un meeting de Donald Trump organisé cette semaine dans son Etat, il a ainsi critiqué le projet du président d'augmenter les importations de bœuf, tout en soulignant : "Président Trump, je me suis battu pour vous à Washington."
Mariannette Miller-Meeks, républicaine engagée dans l'Iowa dans l'une des courses à la Chambre des représentants les plus disputées du pays, a elle aussi montré une volonté croissante de se démarquer de l'administration.
Elle figure parmi les 12 candidats recensés par Reuters qui se sont opposés à Donald Trump sur plusieurs sujets, critiquant sa politique d'importation de viande bovine puis votant en faveur d'une limitation de ses pouvoirs de guerre en Iran, alors qu'elle s'était auparavant opposée à des mesures similaires.
Pourtant, moins de deux semaines après son vote sur les pouvoirs de guerre, Mariannette Miller-Meeks s'est rendue à la Maison blanche pour annoncer un investissement majeur dans une aciérie de l'Iowa.
"TOXICITÉ"
"C'est un exercice d'équilibriste", résume la consultante républicaine Jeanette Hoffman, ajoutant que les candidats cherchent à tirer parti des succès de l'administration tout en prenant quelque peu leurs distances avec le président en raison de "la toxicité actuelle de la marque Trump".
Alors que les républicains engagés dans des courses électorales serrées cherchent à élargir leur audience au-delà du noyau dur des partisans de Donald Trump, certains ont commencé à modérer leurs manifestations publiques de loyauté envers le président.
Mike Beltran, ancien représentant de l'État de Floride qui se présente contre la démocrate Kathy Castor, fait partie de ceux qui ont supprimé les références les plus visibles à Donald Trump sur leurs sites de campagne.
Selon Wayback Machine, un site d'archivage d'internet, sa page d'accueil affichait au mois d'août une photo de Donald Trump et indiquait qu'il soutenait le président. Désormais, elle le montre avec sa famille et ne fait aucune mention du président.
Mike Lawler, dans l'État de New York, engagé dans l'une des courses les plus disputées à la Chambre des représentants, tente pour sa part de rester proche de Donald Trump tout en faisant preuve d'indépendance.
Il souligne ainsi ses divergences avec le locataire de la Maison blanche sur des sujets tels que les protections juridiques temporaires accordées aux immigrés haïtiens et une proposition soutenue par Donald Trump visant à rétablir l'accès de la Turquie aux avions de combat F-35.
Son directeur de campagne, Ciro Riccardi, a déclaré que Mike Lawler agissait au nom de ses électeurs, quelle que soit la position du président.
Lors d'un discours devant des partisans de Donald Trump à la convention républicaine de septembre, le représentant a lui-même reconnu ces divergences : "La vérité, c'est que le président et moi ne sommes pas toujours d'accord. Et ce n'est pas un problème."
(Reportage Nathan Layne et David Morgan, version française Benjamin Mallet)

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